Échecs
Jeu de stratégie • VIe siècle
Apparus en Inde vers le VIe siècle sous le nom de chaturanga, les échecs se répandent d’abord en Perse sous le nom de shatranj avant de gagner le monde arabo-musulman puis l’Europe à la faveur des conquêtes et échanges commerciaux du haut Moyen Âge. Chaque région en remodèle peu à peu les pièces et les règles, donnant ainsi naissance à de nombreuses variantes régionales. C’est en Europe, entre la fin du XVe et le début du XVIe siècle, que le jeu connaît sa dernière grande transformation : la dame et le fou acquièrent leur mobilité actuelle. Cette version dite « moderne » s’impose progressivement comme la référence internationale. Reconnu mondialement comme sport ou comme loisir familial, le jeu d’échecs est considéré aujourd’hui comme le plus emblématique des jeux de stratégie abstraits.
Dames
Jeu de dames international • règles fixées en 1909
Le jeu de dames international trouve ses racines dans l’alquerque médiéval transposé sur un échiquier vers le XIIe siècle. Il faudra toutefois attendre le XVIIe siècle pour que la variante actuelle, jouée sur cent cases avec vingt pions par joueur, apparaisse. Baptisée initialement « dames polonaises », celle-ci séduit rapidement la France et l’actuelle Belgique. Au cours du XIXe siècle, le jeu connaît un véritable âge d’or : cercles, revues et premiers tournois. En 1909, la Fédération française du jeu de dames fixe définitivement les règles modernes. La richesse stratégique du damier à cent cases, ses prises obligatoires et ses dames « volantes », en font aujourd’hui la variante de référence, reconnue comme l’une des formes les plus élégantes et les plus complexes du jeu de dames.
Tablut
Jeu de tafl scandinave • décrit en 1732
Originaire de Laponie, le Tablut appartient à la famille des jeux de tafl qui étaient pratiqués en Scandinavie et dans les îles britanniques dès le haut Moyen Âge. Ces jeux de stratégie abstraits opposaient des forces asymétriques et se jouaient sur des plateaux carrés de tailles variables. Décrit en 1732 par le naturaliste suédois Carl von Linné, qui en observa une partie lors de son voyage en Laponie, le Tablut est l’une des rares variantes de tafl dont les règles nous sont parvenues avec clarté. Grâce à ce témoignage, il est aujourd’hui la référence la plus vivante de la tradition des jeux de stratégie scandinaves.
Five-Field Kono
Jeu traditionnel coréen • consigné en 1895
Le Five-Field Kono est un jeu traditionnel coréen appartenant à la grande famille des jeux de « kono », de petits jeux de pions tracés sur des plateaux à lignes. Appelé o-pat-kono par les locaux, ce jeu d’ancienneté incertaine fut consigné pour la première fois en Occident en 1895 par l’ethnographe américain Stewart Culin dans son ouvrage Korean Games. Jeu de course et de repositionnement, il se joue sur une grille de vingt-cinq points où chaque camp cherche à faire migrer l’intégralité de ses pions jusqu’au camp adverse. Sa parenté avec des jeux comme le Halma ou les dames chinoises, qu’il aurait pu inspirer, témoigne de la richesse des traditions ludiques est-asiatiques.
Neutron
Robert A. Kraus • 1978
Inventé en 1978 par l’Américain Robert A. Kraus, le Neutron s’inscrit dans la lignée des jeux abstraits minimalistes. Son principe reprend celui du Bobail, un jeu traditionnel africain joué depuis longtemps sur un petit damier avec une pièce neutre au centre. Kraus, plutôt que de revendiquer une exclusivité, choisit de placer immédiatement son jeu dans le domaine public, geste qui permit sa diffusion libre et rapide dans les cercles de joueurs. Le Neutron a ainsi circulé en Europe et en Amérique comme un « classique discret », inspirant des variantes telles que le Neutreeko et influençant la conception de nombreux jeux abstraits modernes.